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Il tenta d'apercevoir la pièce dans laquelle il se trouvait, mais ses yeux myopes ne lui en reflétaient qu'une image vague. Il sentait le gâteau dans lequel on l'avait planté. Il était seul, droit comme un cierge, entouré d'une multitude de paris-brests. Plus loin, il ne distinguait plus rien. L'obscurité l'aveuglait. Toute la beauté du monde ne pouvait le toucher que par des mots et quand les mots étaient absents, sa solitude se noyait dans le vide... Tic-tac... Tic-tac... le seul bruit qui trahissait le monde...
Tout-à-coup, il entendit un craquement singulier. Il sursauta. Se retournant, ses petits yeux noirs aperçurent une forme dans l'encadrement de la porte. Elle avançait vers lui, doucement, se balançant majestueusement au bord d'une allumette. Lorsqu'elle fut assez près, elle s'arrêta un instant, regardant la bougie de ses deux grands yeux étincelant de vie. Il n'avait jamais vu une beauté pareille! Une joie sans borne l'envahit quand elle se remit à avancer vers lui en souriant. Il se sentait prisonnier d'un amour inconnu. Elle représentait l'unique sens de sa vie. Se tournant gracieusement sur elle-même, elle s'accrocha en souplesse à la mèche qu'il lui offrait et s'y assit. Le coeur de la bougie se broyait sous un tel désir brûlant. Il se sentait fondre pour elle. Il se diminuait avec humilité pour la regarder vivre, danser, tourner, briller encore. Elle lançait des éclats de diamant, et chaque éclat, chaque étincelle, lui arrachait un peu de sa vie. Ils ne formaient plus qu'un. Elle éclatait de rire, un rire qui illuminait toute la pièce. Ses longs cheveux oranges encadraient son visage brillant. Il n'entendait plus le tic-tac inexorable de la pendule qui tentait de rappeler à chaque seconde la fragilité de la flamme. Il était bien. Pour la première fois, il se voyait, il voyait le monde, il sentait la chaleur brûler sa paraffine. Elle était son regard, il était sa vie. Elle, se balançant, continuait à chanter, danser, rire, briller. Le bruit s'était rétabli autour d'eux et semblait, plus que jamais, fêter leur amour.
La pendule sonna longuement sept coups en un souffle qui fit frissonner la
jolie petite boule de feu. Elle tourna son visage et il lui sembla apercevoir
une larme rouler sur sa joue... Une larme rouge dont les reflets illuminaient ce
qui lui restait de vie.
Tic-tac... Tic-tac... Il n'entendit plus rien. Tout
s'éteignit autour de lui. Plus un mouvement... Tic-tac... Tic-tac...